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Discours de Frederic Mitterrand



Discours de Frédéric Mitterrand
Ministre de la Culture et de la Communication



Cher Richard Anthony,

À vous avoir ici auprès de moi c’est toute une époque qui refait surface et revit dans nos mémoires, celle des années Rock et des Sweet Sixties. J’avais 15 ans lorsque je découvrais l’inoubliable ballade Et j’entends siffler le train, votre adaptation de Five Hundred Miles. Vous ne serez peut-être pas étonné, d’apprendre, combien cette chanson, pour moi comme pour beaucoup de ma génération, a coloré les heures doucement mélancoliques de mon adolescence. Mais Richard Anthony c’est avant tout le pionnier du rock américain « en VF », le grand rival de Johnny Hallyday, l’homme au 61 millions de disques vendus et aux 21 tubes au numéro 1 du hit parade.

Après une enfance passée dans le monde entier, après un passage au lycée que je connais bien, le Lycée Janson-de-Sailly, un « in and out » en droit, vous devenez représentant de commerce en réfrigérateurs à la mort de votre père, tout en pratiquant le saxophone dans des clubs de jazz : frigos et jazz, ça sonne comme du Boris Vian. Avec un goût certain pour la pop anglo-saxonne, vous décidez d’enregistrer des reprises en français des titres de Paul Anka ou de Buddy Holly, You are my destiny et Peggy Sue. La maison de disques Columbia vous donne votre chance. En septembre 1959, les ventes commencent à décoller avec votre version de Three Cool Cats des Coasters, Nouvelle vague. C’est un énorme succès qui vous propulse dans la sphère de la célébrité. Roi de la reprise, on vous surnomme « le père tranquille du twist » ou encore « le Tino Rossi du rock and roll », pourtant vous n’êtes pas si tranquille que ça, et la vie, vous la brûlez par les deux bouts. Votre talent fut de coller à l’évolution de la musique, de surfer sur le vent de la liberté et d’introduire le rock en France. Vos influences multiples vont entre autres de Ray Charles aux Beatles, des Stones à Bob Dylan. On vous doit des dizaines de tubes comme Donne-moi ma chance, Fich’ le camp Jack, Itsy Bitsy petit bikini, À présent tu peux t’en aller, Ecoute dans le vent ou encore Aranjuez mon amour, adaptation du Concerto d’Aranjuez de Joaquín Rodrigo qui devient un succès mondial. Fort de votre réussite en France vous saurez profiter de l’importance d’une maison de production comme EMI pour lancer vos titres à l’étranger.

Les années 1970 sont plus difficiles, vous divorcez de votre femme Michèle. À propos de Michèle, vous livrez une anecdote pour le moins étonnante dans votre autobiographie Quand on choisit la liberté. Paul McCartney vous aurait proposé de chanter sa célèbre « Michelle » tout simplement car votre femme portait ce prénom et vous auriez refusé craignant que le public vous trouvât ridicule à faire une déclaration d’amour à votre femme. Si vous avez pensé que ce fut un mauvais calcul, cette histoire traduit la notoriété et la réputation que vous aviez déjà construite.

Vous vous installez à Saint-Paul-de-Vence pendant sept ans et revenez en 1974 avec une chanson désormais culte Amoureux de ma femme. Quatre ans plus tard vous partez à Los Angeles avec votre nouvelle femme Sabine pour faire de la production, c’est désormais en sens inverse que vous agissez, vous exportez les mélodies françaises dans les bacs américains, vous y produirez notamment Indian Summer, une adaptation anglaise de L’été indien de Joe Dassin.

Les années 1980 sont encore plus mouvementées et ne vous épargnent pas. Mais vous vous relevez de tous vos déboires et au début des 1990 EMI sort un coffret de 300 chansons qui devient rapidement triple disque d’or. Personne ne vous a oublié, et c’est avec ce baume au cœur que vous reprenez les chemins des studios pour réenregistrer vos tubes pour la France et pour l’Espagne avec l’album Sentimental.

 

Vous êtes une personnalité ardente de la variété, aujourd’hui plus serein, relevé d’un cancer, vous vous livrez sans ambages dans deux autobiographies jalonnées de savoureuses anecdotes Il faut croire aux étoiles en 1994 et Quand on choisit la liberté.

Cher Richard Anthony, vous demeurez une étoile du rock et de la variété, en France et dans le monde, qui aura tant fait pour la musique populaire dans la deuxième moitié du XXème siècle. C’est donc avec joie, qu’au nom de la République française, nous vous faisons Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres.